Minéralogie: le saphir

Corindon hyalin présentant toutes les nuances de bleu, depuis le plus foncé jusqu’au plus faible. Il n’y en a qu’une véritable espèce qui vient de Ceylan et des Indes.
La dureté du saphir égale toujours celle du rubis oriental et souvent la surpasse.

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Sa puissance réfractive, quoique n’atteignant pas à beaucoup près celle du diamant, dépasse cependant de beaucoup celle d’autres substances qu’on pourrait lui comparer.

Le saphir oriental a une pesanteur spécifique de 4,01, il possède la double réfraction et tient le milieu entre le translucide et le transparent : cette dernière qualité lui est acquise lorsqu’il est très mince et non laiteux, défaut que l’on rencontre souvent dans sa cristallisation.

Sa forme primitive paraît dériver du dodécaèdre à faces triangulaires, mais ses morceaux sont le plus souvent arrondis, ce que l’on a toujours attribué aux frottements qu’ils éprouvent dans le lit des torrents, idée que nous ne pouvons admettre, puisque ceux trouvés dans les fentes de rochers ou attachés encore à leur gangue le sont également.

Pour nous, cette particularité se rencontrant dans la majeure partie des corindons hyalins, quelle que soit leur couleur, est le résultat et la preuve de leur origine ignée, ce qui n’exclut ni les apparences de forme, ni la pureté de la cristallisation, ni la transparence.

Analysé, le saphir d’Orient est, comme le rubis, composé d’alumine presque pure; sa coloration est due également à l’oxyde de fer. On comprend peu comment le même métal peut produire deux couleurs si différentes dans des pierres de même nature; cependant, si l’on réfléchit que le rouge du rubis se fonce au feu, tandis que le bleu du saphir y disparaît, on peut attribuer cette différence si frappante à un plus ou moins grand degré d’oxygénation du métal, ce qui le rend plus fixe et il est probable qu’avant la fusion des matières qui produisent ces deux corindons, ils sont semblables et que ce n’est que la différence du calorique qui change les conditions de l’oxyde colorant.

D’un bleu entre l’indigo et le barbeau, c’est-à-dire ni trop foncé, ni trop clair, mais d’une couleur franche, le saphir oriental doit présenter à l’oeil une limpidité parfaite et , ce qui en fait l’excellence est le velouté admirable qu’il possède à un haut degré, lorsqu’à ces qualités il réunit une certaine dimension, il peut dépasser le prix du diamant; mais ces pierres sont excessivement rares et très recherchées des amateurs.
Leur taille est à peu près la même que celle du rubis, quoique cependant on étende plus la table et qu’on lui conserve moins d’épaisseur en dessous.
Le plus beau saphir connu vient d’Orient, il en est fait mention dans l’inventaire des pierreries de la couronne de France, fait en 1791, son histoire est assez curieuse.

Ce saphir, sans tache ni défauts, pèse 132 carats 1/16, il est de formé losange à six pans et poli à plat sur toutes les faces.

Ce merveilleux saphir fut trouvé au Bengale par un pauvre homme qui faisait le commerce de cuilleres en bois, aussi porta-t-il longtemps ce surnom. Il appartint ensuite à la maison Rospoli de Rome, à qui il fut acheté par un prince d’Allemagne, lequel le revendit à Perret, joaillier français. C’est de cette pierre qu’il est question dans le fameux procès du saphir.

Considérant ses qualités et son poids hors ligne, nous pensons que ce saphir n’est pas estimé à sa valeur. Il est à présent au Musée de Minéralogie.

L’école des Mines de Paris possède une assez jolie collection de saphirs de diverses provenances et présentant des cristallisations variables, quoique paraissant toutes appartenir au dodécaèdre. Ils Tiennent de l’Inde, de Ceylan, du Groenland, d’Expailly, de la Haute-Loire, du volcan du Coupet, du Saint- Gothard etc. etc.

La plupart prouvent parfaitement leur origine ignée, d’autres sont dans une gangue alumineuse micacée et parfois dans des laves.
La gravure sur saphir présente encore plus de difficultés que celle sur rubis, le premier étant plus cassant et souvent plus dur. Cependant, on remarque au cabinet Strozzi, à Rome, un Hercule de profil, gravé par Cnéius et qui n’est pas sans mérite. Le cabinet de France possède un saphir d’une belle couleur, représentant Pertinax gravé en intaille, le travail est parfait.

On voit encore à Saint-Pétersbourg un saphir à deux teintes sur lequel l’artiste a gravé une têle de femme. Il a tiré un merveilleux parti des teintes et la draperie est du bleu le plus intense, quand la tête entière est à peine nuancée. Cette pierre appartenait aux Orléans. A Turin, on remarque dans la collection Genevosio, une tête de Tibère sur saphir blanc. Toutes ces gravures sur pierres si dures s’exécutent avec des pointes de diamants ou de l’égrisée.